Mr Coyote est fier de vous présenter ...

Mr Coyote est fier de vous présenter ...
... ses vitrines avec ses collections.

Dans ce blog, je partage ma passion pour les Looney Tunes et la bande dessinée. Toutes mes figurines sont exposées dans 3 vitrines ... mais je n'aurai bientôt plus de place! Il y a surtout des figurines en résine, quelques-unes en plastique, des fêves, seules ou en coffret, des peluches, des pin's, des objets publicitaires etc ... sur les thèmes suivants : les Looney Tunes, Asterix, Lucky Luke, Gaston Lagaffe, Tintin et la bande dessinée en général.

Je présente tout ce qui se trouve dans ces vitrines, au-dessus ou à côté, tout ce qui ne s'y trouve pas et qui me fait baver, mes BD, etc.

Depuis le 18 juillet 2007, retrouvez la plupart des articles postés ici sur mon blog deux-point-zéro. Bon surf,
Mr Coyote

# Posté le mercredi 17 mai 2006 17:11

Modifié le jeudi 19 juillet 2007 16:02

Chuck Jones, créateur de Wile E. Coyote et Bip-Bip

Chuck Jones, créateur de Wile E. Coyote et Bip-Bip
Chuck Jones (Charles M. Jones), le dernier des grands ténors warnériens du cartoon hollywoodien, est né le 21 septembre 1912 à Spokane dans l'Etat de Washington. Il a grandi à Hollywood, où, figurant dans des films de Mack Sennett, il s'est frotté très tôt à l'art de la comédie de Charlie Chaplin ou de Buster Keaton, qu'il observait sur les plateaux. « Le muet était une excellente école. J'y ai appris des tas de choses : le rythme, l'expression du visage.»

Formé au Chouinard Art Institute, il exerça divers métiers au moment de la dépression économique (marin, portraitiste, cow-boy, marionnettiste). En 1932, Il a vingt ans lorsqu'il décroche son premier boulot dans l'animation chez Ub Iwerks, premier associé de Walt Disney. L'industrie du dessin animé est alors en plein âge d'or. Chuck fait ses débuts ... en nettoyant les cellos. Sur ces feuilles transparentes sont dessinées les différentes pauses des personnages. En les effaçant, Jones décrypte les codes du métier. Chuck Jones claque la porte des studios Disney où il travaillait à un peu tout. Les manières dictatoriales de Walt le débectent, Chuck n'est pas fait pour créer des Bambi et de l'émotion de glycérine. Chuck préférera toujours la nitro-glycérine ! De plus, les studios Disney le soupçonnent avec raison de créer en catimini, avec quelque contestataires de l'équipe, des films où Mickey et Minnie se livrent à des ébats sexuels impressionnants !

En 1936, il devient dessinateur au Leon Schlesinger Studio, qui sera bientôt racheté par la Warner. Là, il rejoint l'unité de production de Tex Avery au sein de l'équipe des Merrie Melodies, puis des Looney Tunes. Il y est l'assistant du maître Tex Avery, star du déjantage animé, et grimpa rapidement les échelons (tant dans la création que dans la dynamisation des personnages et dans la mise en scène). Le studio fournit alors une trentaine de dessins animés par an à la Warner Bros., diffusés en avant-programme des films. Chuck Jones participe à la création collective, avec Avery, Bob Clampett, Fritz Freleng, Bob Cannon, Ben Hardaway, Mel Blanc (« l´homme aux mille voix » qui fut la voix originale de la plupart des vedettes maison), le musicien Carl Stalling et moult maquettistes et cartoonistes, comme Frank Tashlin (dit «Tish Tash»), du lièvre Bugs Bunny et du canard Daffy Duck, deux personnages rouscailleurs, l'un impassible et dérangeant comme Groucho Marx, l'autre râleur et hyponcondriaque tel W.C. Fields.

Chuck et ses amis étaient des anars, des rigolos contestataires. Et pouvaient se le permettre parce que doués d'un talent immense dont les vagues se font encore ressentir aujourd'hui. Ces « fantaisistes » étaient aussi des bourreaux de travail : chaque petit film nécessitait six mois de boulot, un budget de 20.000 dollars de l'époque et environ dix mille dessins ! « Faute d'avoir le temps d'expérimenter comme chez Disney, on oeuvrait à la cadence d'un film toutes les cinq semaines ». C'est sans conteste le marathonien Chuck Jones qui fit la plus longue carrière à la Warner, des années 30 aux années 60, en produisant une dizaine de cartoons par an.

En 1937, il réalise son premier dessin animé, The Night Watchman, qui est distribué en 1938. Cinq mille dessins sont réunis pour ce film de six minutes. L'année suivante, il anime Daffy Duck dans Robin Hood makes Good. La recette de son humour s'y affirme. Dans une séquence restée célèbre, Daffy-Robin des bois saute d'un arbre à l'autre en s'accrochant à une liane. « Parbleu ! En avant ! »´ crie-t-il ... avant de se ramasser sur le tronc d'un arbre. Il remet ça ... et se prend un nouveau tronc. Et rebelote cinq fois.

Dans Prest-O Chang-O (1939), Jones imagine un lapin muet qui tourne un chien en bourrique avec des tours de magie. Le succès du personnage incite Tex Avery à le développer l'année suivante en lui donnant la parole, un nom et une répartie, What's up, Doc? (Quoi d'neuf, docteur ?). Bugs Bunny est né.

En quatre films, Chuck Jones s'impose. En 1940, il crée Elmer Fudd, le chasseur bègue. En 1945, c'est Pépé le putois (Pepe le Pew, en anglais, with a french accent, Mademoiselle !, un putois perpétuellement en quête de bonnes fortunes, nanti de surcroît d'un accent français) qui lui vaut un premier Oscar en 1949. En 1948, c'est Marvin le Martien. Chuck Jones créera personnellement le pirate furibard Yosemite Sam, le diable de Tasmanie hurleur, le gentillet Sniffles (un rongeur renifleur), le cochon Porky, que l'on retrouvera bien plus tard aux côtés du canard postillonneur Daffy Duck dans les aventures de Duck Dodgers, et le chat de gouttière Sylvestre.

Il donna aussi les meilleurs rôles au lapin lunatique Bugs Bunny pastichant Brunehilde dans What's Opera Doc, 1957, l'un de ses films les plus célèbres, qui met aux prises Elmer et Bugs Bunny sur fond musical wagnérien. Même si bugs Bunny fut une création de Tex Avery, Chuck Jones fut l'un des animateurs les plus talentueux de Bugs Bunny, qu'il transforma graphiquement, avec l'aide de ses complices Fritz Freleng et Bob McKimpson, pour le « Bugs Bunny Show » d'une chaîne de télé américaine. Son art reposait sur un sens inné du burlesque et du rythme, doublé d'un regard tendre sur les perdants: `Dans mes rêves je suis Bugs, mais au réveil je redeviens Daffy ´.

Mais le chef d'oeuvre de Chuck restera la série des courts métrages consacrés à Road Runner et à Wile E. Coyote, devenus Bip-Bip et Vil Coyote en français. Sur les routes désertiques de l'Ouest américain, une sorte d'autruche, mâtinée de casoar casqué, file tel un volatile supersonique pour échapper à l'appétit vorace d'un coyote crevant la dalle dans un monde de pierres et de poussière. « La course du Road Runner a une dimension universelle. C'est une parodie de l'aventure humaine.» Le coyote famélique s'évertue à attraper l'oiseau moqueur. Dans les décors minimalistes évoquant le Grand Canyon, Jones met en scène une oeuvre cruellement drôle, où il se moque de la passion de ses contemporains pour les gadgets inutiles vendus par correspondance. Génial inventeur de pièges en tout genre (catapultes pour rochers et explosifs), peintre de faux tunnels sur des murailles, creuseur de trous munis de souricières géantes, fabricant de trains pour écraser sa proie, Vil est toujours victime d'un sort funeste : il a beau tout essayer pour capturer sa proie, il échoue toujours. Ses propres rochers l'écrasent, les bâtons de dynamite lui explosent à la figure, les locos écrabouillent ses pattes, les enclumes lui tombent sur la tête. Et, surtout, scène récurrente dans la série, le Coyote tombe dans des abîmes sans fond sous le « bip-bip » moqueur du road runner.

Avec Bip-Bip et Vil Coyote, Chuck Jones se démarque vraiment de son père spirituel Tex Avery ... Là où Avery pratiquait l'art de l'accumulation, de la provocation sexuelle et de l'hystérie gagnant une société qui ne méritait pas mieux, Jones épure le trait de ses personnages, stylise les décors en subissant l'influence des peintres américains de l'époque et introduit une nouvelle philosophie. Vil Coyote vit dans un monde vide de toutes règles ou de règles qu'il ne comprend pas. Il erre dans les punitions injustes que ses géniales inventions lui attirent ... Il marche dans le vide en espérant vainement qu'il ne tombera pas.

On peut voir, aussi, en lui, le quidam moyen courant éternellement à la poursuite du rêve américain, devenu le cauchemar de la consommation, personnifiée par Bip-Bip, qui ne peut que le mener à la chute. Vil tente d'être social dans un monde qui nous éduque à cela, mais où la puissance gouvernante, celle de l'économie, celle qui nourrit l'affamé, est définitivement asociale pour les marginaux dont la seule solution à leur problème serait d'être fataliste mais qui ne l'acceptent pas : d'où la quête perpétuelle de Vil aux trousses de Bip-Bip.
Le chic de Chuck est d'enseigner ce message avec la puissance de l'humour et un tir en rafales de dix gags à la minute.

Les états de service de Chuck Jones ne s'arrêtent pas là: durant la guerre, il dirigea la célèbre série humoristique des Private Snafu (destinée tant au repos qu'à la formation du guerrier); puis contribua grandement à la création d'un nouveau studio en rupture de ronron narratif et stylistique, l'UPA (United Productions of America), en supervisant, en 1944, la réalisation de Hell-Bent for Election, film de propagande électorale à la gloire de Franklin Roosevelt. Auparavant, il milita lors de la fameuse grève des studios Disney (ce qui ne l'empêchera pas de participer dans les années 50 au peaufinage de Cendrillon à Burbank). Il rejoint pour une brève période l'équipe de Walter Lantz (père de Woody Woodpecker) en tant que gagman, peu avant la fermeture du département animation de Warner Bros.

Début des années 60, la production de dessins animés pour les salles est en crise. Quand, à l'avènement de la télévision, Bill Hanna et Joe Barbera, remerciés par leur employeur (la MGM) après dix ans de compagnonnage avec Tom and Jerry, fondent leur propre société pour se lancer dans la série télé moutonnière, Chuck Jones relaie un moment le glorieux tandem, reprenant la série sans grand succès. Il reconnaissait lui-même que ces personnages n'étaient pas les siens: « Les Tom & Jerry que j'ai faits ressemblaient au Road Runner et au Coyote travestis en chat et en souris.»

L'âge d'or du cartoon révolu, Jones n'abandonnera jamais l'animation pour autant, oeuvrant jusqu'à son dernier souffle pour la télé (parfois en collaboration avec Dick Williams, le papa de Roger Rabbit), la publicité et quelques longs métrages. En 1962, Chuck Jones rompt tout lieu avec la Warner et écrit avec son épouse Dorothy un scénario original pour UPA, Gay Purr-ee, une comédie musicale où l'on retrouve les voix des stars de l'époque, comme Judy Garland. En 1965, il met en scène The Dot and the Line, animation inspirée d'un roman de Norton Juster, qui sera récompensé par un Oscar et nommé au Festival de Cannes pour la Palme d'or du meilleur court métrage. En 1970, il réalise lui-même The Phantom Tollbooth, une fantaisie inédite toujours en France. En 1972, il est nommé vice-président d'ABC, chargé des programmes pour l'enfance, après avoir réalisé de nombreux films à succès pour la télévision, comme Dr. Seuss'How the Grinch Stole Christmas. Il créera également sa propre société de production, Chuck Jones Enterprises, qui travaille pour la télévision.

Auteur de plus de 300 bandes burlesques, Chuck Jones va totaliser quatre oscars : un en tant que producteur, deux comme réalisateur ( « For Scent-imental Reasons » et « So Much for the Little ») et un ultime pour l'ensemble de son oeuvre, en 1996, « ces dessins animés qui sont autant de classiques et ces personnages dont la vie animée a apporté tant de joie aux gens réels pendant plus d'un demi-siècle », et devient membre honoraire à vie de la Director's Guild of America.

Depuis, il n'a pas cessé de dessiner, mais a quitté les écrans pour les cimaises. Ses œuvres ont été montrées dans plus de 250 galeries et musées dans le monde et achetées par les plus grands collectionneurs. Il compte au rang de ses admirateurs les cinéastes Peter Bogdanovitch, George Lucas et Steven Spielberg, qui ont plusieurs fois confessé l'influence de l'animateur sur leurs propres films. A 85 ans, il avait renoué avec la Warner en signant un contrat de superviseur du département animation et lâché ces quelques mots : « A mon âge, vous ne pouvez vous engager que pour les cinquante prochaines années ...»

A Montréal, lors du discours d'ouverture de la première Rétrospective mondiale de l'animation, en 1967, l'auteur de Chuck Amuck (1) s'étonnait qu'« après avoir, durant tant d'années, prouvé leur capacité à distraire, amuser et stimuler le public, les grands animateurs aient moins droit à la parole que les administrateurs de la télévision». «Ce qui me surprend encore plus, ajoutait-il, c'est que nous leur ayons si passivement lâché la bride sur le cou. Je crois qu'il est temps de considérer que ces gens ne sont que les mouches du coche sur notre croupe.» «L'animation, telle que je la conçois, est l'art de l'impossible ... le seul capable de créer une forme de vie inconnue à partir d'un morceau de tissu ou de papier », déclarait aussi celui qui garda sur le tard une allure de grizzli sarcastique au regard éternellement jeune. Chuck Jones a raconté qu'il ne pensait jamais au public lorsqu'il dessinait, se référant seulement à son propre sens de l'humour. « Ces dessins animés n'ont pas été créés pour des enfants, ni d'ailleurs pour des adultes. Ils ont été faits pour moi », avait-il expliqué.

L'influence de Chuck Jones et de Tex Avery atteint encore les films récents. Un « cartoon » de Chuck Jones, c'est de l'indémodable. Intemporel comme le non-sens car fonçant dans tous les sens interdits de la logique consensuelle. Adoré par les gosses, qui voyent et revoyent ses animations à la télé, apprenant ainsi, avant de déchanter à l'âge des pantalons longs, que tout est possible. Et redonnant de l'énergie au plus raplapla des adultes ... Alain Chabat revendiquait l'humour et la dynamique de Chuck Jones pour son « Astérix et Cléopâtre » dans laquelle une scène, celle où Astérix file à la vitesse de Beep-Beep dans le désert égyptien, est un hommage direct.

Cette esthétique du dessin animé corrosif, si on ne la trouve plus dans les longs métrages populaires actuels d'animation (mêmes le géant « Shrek » ou les créatures volant les cris d'effroi des enfants de « Monstres et compagnie » finissent dans un conformisme moralisateur alors qu'Avery et Jones favorisaient le libre-arbitre), cette esthétique, cette philosophie du « quand on a essayé le raisonnable et que ça ne fonctionne pas, essayons le déraisonnable » hantent les comédies américaines d'aujourd'hui qui fonctionnent sur le choc de la provocation ou du « ça ne se fait pas » ...

Si Chuck Jones et Tex Avery n'avaient fait pousser de nouvelles graines sur le champ du politiquement incorrect, jamais des films tels « Mary à tout prix », « American Pie », « Zoolander », « Animal » ou ceux de Jim Carrey n'auraient vu le jour. Depuis quarante ans, les cartoons de ces maîtres, dont la vitesse et la force comique des récits ont transformé la dynamique des oeuvres d'humour, inspirent les réalisateurs.
Jerry Lewis, les « Panthères Roses » de Blake Edwards, les premières folies de Roberto Benigni, le Jamel, les Robins des Bois et les Nuls du petit écran ou mêmes l'Alain Resnais de « I want to go home », le Godard de « Pierrot le fou », le Truffaut de « Tirez sur le pianiste » et le Poelvoorde de « C'est arrivé près de chez vous », ont, dans leur esprit, quelque chose de Chuck et de Tex.

L'influence de ces artistes de l'animé fut immense. Dépassa le champ cinématographique. Engendra une génération qu'on appelle contestataire. Celle qui participa à l'utopie de mai '68 et décida de faire manger un bâton d'explosif à la société conformiste d'alors avait été nourris, on ne l'a pas assez souligné, des dessins animés de Jones et d'Avery. Papa et maman, à la fin des années '50, conduisaient leurs chers petits dans des salles programmant un festival de films de Beep-Beep et de Bugs Bunny. Ah, qu'ils devenaient braves et calmes les petiots face à ces animations pour « n'enfants sages ». Mon oeil, oui ! Qu'apprenait-on à ces séances ? A tout faire péter ! A exploser la gueule des empêcheurs de vivre et des tueurs de fantaisies ! A prendre joyeusement dans un piège à souris ceux qui nous fournissaient des carottes avariées pour s'enrichir ! A casser ce qui n'était pas terrier pour bonheur de vivre ! On apprenait que tout était possible si, comme Bugs Bunny, on osait...

Rentrant à la maison avec la mine gentille et sérieuse de Droopy, on leur disait à nos géniteurs « You know what, I am happy ». Mais notre conscience nous sussurait « What's up, doc' ? » et on lui répondait qu'un jour on oserait, oui, mettre le feu aux imbécillités de la société en étant aussi insolents que Bugs ! Et tant pis si, à la fin, on connaîtrait le triste sort de Daffy Duck, de Pete le Putois ou de Will le Coyote qui, même s'ils peuvent apparaître ridicules, ont le courage de persévérer.

Depuis, les personnages de Chuck, de Tex et des autres, Titi et Grosminet, Speedy Gonzales et Yosemite Sam, fiers brûlots qui eurent plus d'importance que les instits à l'époque, ont été récupérés par le marchandising et les parcs à thème. Bugs Bunny et Vil sont en cage. Les jeunes ne connaissent plus que leur inoffensif caractère pelucheux. Une chose étonne. Alors que les plus de 50 ans, enrichis, eux, du bon lait explosif d'origine de Jones et d'Avery, et ils doivent s'en souvenir, subissent, ces temps-ci, affronts sur affronts, dans le monde du travail qui, chaque matin, se débarrasse d'eux comme des chiffons ayant trop servis, pourquoi n'utilisent-ils pas l'énergie combattive du Monstre de Tasmanie ou de Bunny pour renvoyer ces « videurs » dans les cordes et leur faire payer leurs vilenies ? Peut-être parce que la forme d'humour rentre-dedans d'aujourd'hui n'est plus combattive à la Chuck Jones. Et a pris, en général, la forme du rire sardonique et non-agissant des Guignols qui font rigoler, oui, mais sans nous sortir, énergisés, de nos fauteuils ...

Chuck Jones est décédé le 22 février 2002 à 89 ans, chez lui à Corono Del Mar en Californie, suite à des complications cardiaques. Puisse sa mort rappeler que la vitesse du mouvement et la baffe du rire utilisés à la manière des judokas peuvent faire exploser des montagnes sociétales qu'on croit infranchissables.

Source : Luc Honorez (Le Soir), Michel Roudevitch (Libération), février 2002

(1) Chuck Jones, ou l'Autobiographie débridée du créateur du Bip-Bip, du Coyote et de leurs amis, préfacé par Steven Spielberg, édité chez Dreamland.

Retrouve cet article sur mon blog 2.0.]

# Posté le samedi 15 juillet 2006 12:29

Modifié le samedi 04 août 2007 17:57

Décès de Jean Roba

Décès de Jean Roba
U n matin froid de 1955, un cocker noir égaré et transi avait trouvé refuge chez Jean Roba. Quatre ans plus tard, le cocker se transformera en héros de papier. Une histoire de coeur était née. Elle dure toujours. Boule, le petit garçon modèle, et Bill, le cocker farceur, ont fait entrer Roba dans la légende du journal Spirou et de l'École belge de la bande dessinée. Ce monde idéal à la poétique immuable apparaît aujourd'hui désuet devant les images de violence auxquelles les enfants sont soumis chaque jour. Pourtant le succès de Boule et Bill n'a jamais faibli. Roba avait un secret.

« Boule et Bill évoluent dans un univers heureux, idéalisé, nous disait-il en 2003. Parce qu'on ne fait pas rire les enfants ni les parents avec la guerre ou le chômage. À l'époque où j'ai débuté, c'était l'âge d'or de Spirou, de la bande dessinée belge tous publics, familiale, et catholique. Moi qui avais en horreur les histoires de Noël ! Les auteurs ne faisaient pas ce qu'ils voulaient. L'univers que j'ai créé date de cette époque, de la Belgique joyeuse. Boule et Bill en sont le reflet. Cela ne m'a pas empêché de dessiner des gags antiracistes, antifascistes, contre la violence à l'égard des enfants, de la nature, des animaux. Ce qui m'étonne, c'est que malgré tout ce que l'on peut voir aujourd'hui à la télé ou dans les jeux vidéos, Boule et Bill marche toujours bien. Alors que c'est un monde très personnel finalement. Je vais vous l'avouer : je suis le cocker ! C'est le personnage qui me ressemble le plus ».

Roba était trop modeste. Avec Boule et Bill, il a inventé le « family strip » à la belge. Il était né à Schaerbeek en 1930. Dans ses cahiers d'école, il dessinait la mer et les bateaux à l'envers mais les Beaux-arts de Bruxelles vont lui apprendre l'académisme. Roba sera formé à la décoration, la céramique, la mode... Son premier job sera de dessiner des vitraux. Il retouchera des photos, reproduira des tableaux de maîtres et réalisera une campagne de pub pour un savon, avant d'illustrer un premier conte de Noël dans le journal Spirou, puis de crayonner des histoires de l'Oncle Paul et un petit Sioux.

Le 12 novembre 1959, Boule et Bill naissent sous forme d'un puzzle-concours, suivi d'un mini-récit à plier soi-même : Boule et Bill contre les mini-requins. Un an plus tard, ils deviendront les vedettes inusables du gag en une planche. En 1962, Roba crée une autre série enfantine prometteuse, la Ribambelle, qui préfigure le métissage à l'école avec un sens de l'humour et de l'humanisme très personnel. Six albums paraîtront, avant que Roba ne mette la Ribambelle entre parenthèses.

« C'était un peu avant-gardiste avec des jeunes héros noirs ou japonais. Il y avait même une fille ! Mais je n'ai jamais aimé la contrainte de l'album en 46 planches, qu'on dessine en connaissant déjà la fin. Un gag de Boule et Bill, c'est comme un film de Fellini : quand ça commence, on ne sait pas où l'on va ».

Mais tandis que Boule et Bill refusaient de vieillir, Roba avait de plus en plus de mal à dessiner les petits oiseaux et la tortue. Il ne voulait pas s'arrêter par fidélité envers ses lecteurs : « Je leur dois d'avoir pu exercer le métier dont je rêvais. La réussite de Boule et Bill tient dans le partage du plaisir avec les lecteurs. Je leur ai prêté vie et je n'ai pas le droit de la leur retirer. Grâce à Laurent Verron, ils vont continuer d'évoluer. Moi j'ai désormais le cerveau trop fatigué pour ça ».

En 2003, Roba avait eu cette élégance rare de confier de son vivant ses héros à l'un de ses élèves, Laurent Verron. Il lui a laissé carte blanche pour qu'« il se sente heureux dans le dessin et avec les personnages ». C'était pour Roba la plus belle façon de rester fidèle à lui-même et à sa philosophie de vie. C'est un tout grand bonhomme qui nous a quittés ce mercredi 14 juin 2006.

# Posté le samedi 15 juillet 2006 12:41

Le père de Boule et Bill est décédé à 75 ans

Le père de Boule et Bill est décédé à 75 ans
Roba a dessiné et réalisé les gags de «Boule et Bill » durant 40 ans avant de céder la main à Laurent Verron en 2003, son ancien assistant.

Jean Roba dit Roba, le créateur de «Boule et Bill », est décédé à l'âge de 75 ans, ont annoncé mercredi soir les éditions Dargaud dans un communiqué.

Le dessinateur était né le 28 juillet 1930 à Bruxelles mais avait avant tout la passion des espaces aérés loin des sites urbains massifs.

Dès son plus jeune âge, Roba aimait dessiner et c'est à l'âge de 16 ans qu'il débuta dans la publicité. Dès 1952, après son service militaire, il entre dans un studio de publicité où il dessine des «réclames » diverses.

Cinq ans plus tard, Franquin incite Roba à quitter le monde publicitaire et le fait entrer chez Dupuis en 1957. Il commence sa carrière de dessinateur par de petites illustrations et réalise des histoires complètes de «Tiou le Petit Sioux ». Il réalise parallèlement quelques illustrations pour le magazine «Bonne Soirée », également édité par Dupuis.

André Franquin apprécie Roba, lui apprend les ficelles du métier et l'embarque dans trois aventures de Spirou et Fantasio: «Tembo Tabou », «Les Hommes Bulles » et «Les petits formats ».

En 1959, Boule et Bill font leur apparition dans le magazine «Spirou » avec un premier gag «Boule contre les mini-requins ».

Roba se lance ensuite dans le gag hebdomadaire de «Boule et Bill » en enchaînant avec d'autres histoires: «Pomme » en 1962, et surtout, «La Ribambelle », de 1965 à 1984 (six albums parus).

Roba a dessiné et réalisé les gags de «Boule et Bill » durant 40 ans avant de céder la main à Laurent Verron en 2003, son ancien assistant.

Une trentaine d'albums de «Boule et Bill » ont été édités et traduits en 14 langues.

Il avait été fait Chevalier des Arts et des Lettres.

Source : La Libre Belgique, 15 juin 2006

# Posté le samedi 15 juillet 2006 12:47

Les 10 commandements pour faire un beau dessin animé avec Bip-bip et Vil Coyote

Les 10 commandements pour faire un beau dessin animé avec Bip-bip et Vil Coyote
C'est une éternelle bataille entre nécessité et vélocité, entre exaspération et accélération. L'enthousiasme pour ce classique de la course poursuite n'a rien perdu de son souffle au cours de la carrière de Bip Bip (alias Road Runner) et de Vil Coyote qu'illustrent deux douzaines de dessins animés de la Warner Bros. Malchanceux mais inventif, Vil Coyote met au point des stratégies toujours plus élaborées, et en apparence infaillibles, pour capturer Bip Bip qui, faisant fi de tout danger, évite toutes les embûches. Selon les commentaires de Chuck Jones dans Chuck Amuck: The Life and Times Of An Animated Cartoonist, le créateur du fameux duo et directeur de l'animation a obéi, en accord avec ses collaborateurs, à des règles simples mais strictes :

Règle 1 : Bip Bip ne peut blesser Vil Coyote sauf en hurlant "Bip ! Bip !"

Règle 2 : Aucune force extérieure ne peut blesser le Coyote - si ce n'est sa propre incompétence ou les produits Acme. L'inaptitude de Vil Coyote, due à un comportement obsessif et maladif vis-à-vis d'un Bip Bip qu'il ne peut capturer, est aggravée par la qualité médiocre des produits Acme. Ceux-ci semblent, en effet, opérer efficacement pour tous les utilisateurs mais pas pour Vil Coyote, qui les teste au péril de sa vie ou au risque d'y laisser une patte. Dans Operation Rabbit (Opération lapin), par exemple, Vil Coyote utilise les produits Acme pour construire un piège sophistiqué et attraper Bugs Bunny. Inévitablement, l'appareil tombe en panne et Vil Coyote est à nouveau vaincu.

Règle 3 : Le Coyote peut s'arrêter à tout moment s'il n'était pas aussi fanatique. (Rappel : "Un fanatique est une personne qui redouble d'efforts en oubliant le but de sa poursuite" - George Santayana). Bien sûr, il n'est pas question pour Vil Coyote d'abandonner car à chaque tentative il est certain de réussir. C'est certainement pour ce type de personne que les programmes à 12 niveaux ont été inventés. Un conseil : il faut d'abord vouloir renoncer.

Règle 4 : Jamais de dialogue, excepté le légendaire "Bip ! Bip !" ou, à l'occasion, une inscrîption laconique sur une pancarte au moment même où Vil Coyote réalise qu'il court douloureusement à sa perte.

Règle 5 : Bip Bip doit continuer de courir pour la seule raison qu'il est un roadrunner.

Règle 6 : Toute l'action doit se dérouler dans le milieu naturel des deux personnages, le désert du Sud-Ouest américain. Tous les éléments pour créer un dessin animé comique y sont présents : routes sinueuses, pics et canyons, cactus et rochers et tout ce qui peut défier les théories de physique conventionnelles. Dans l'épisode classique réalisé par Chuck Jones There They Go-Go-Go! (Les voilà repartis), un Vil Coyote affamé sculpte un poulet en utilisant la boue du désert. Autre trouvaille des créateurs : lorsque Bip Bip file à toute allure, l'effet de frottement met le feu à la route et brûle les pieds de Vil Coyote. Pris d'une folie subite, il tente en vain de capturer sa proie à l'aide d'un objet hétéroclite : une corde, une fronde, une catapulte avec des boulets à pointes de fer, une échelle piégée et un amoncellement de rochers.

Règle 7 : Tout outil, arme ou équipement mécanique doit provenir de la compagnie Acme Corporation. On découvre ici le premier exemple de "branding" dans le commerce américain ! Pourtant pas même un piège birman, un mur d'acier ou une vitamine pour les muscles fabriqués par Acme ne pourront aider Vil Coyote face à un Bip Bip supersonique dans Stop! Look! Hasten! (Abus dangereux).

Règle 8 : Utiliser aussi souvent que possible la loi de la pesanteur comme ennemi numéro un du Coyote. Un autre épisode classique de Chuck Jones, Scrambled Aches (Omelette aux gnons), montre Vil arrosant un roc dans l'espoir de le faire pousser et d'écraser Bip Bip comme une galette. Le résultat est sans surprise : le rocher grossit tellement qu'au moment où le coyote le soulève pour le lancer, le rocher écrase Vil Coyote suivant le principe bien connu de Newton !

Règle 9 : Le Coyote est toujours plus humilié que blessé lorsqu'il échoue. Facile à dire pour nous !

Règle 10 : Le Coyote doit toujours recueillir la sympathie du public. Du fameux Bip, Bip aux dérapages controlés et autres arrêts sur image, les amateurs de courses effrénées continuent d'apprécier les aventures de Vil Coyote et de son astucieux partenaire, Bip Bip.

Mais ... Bip-Bip n'a jamais étudié la loi ! Les Looney Tunes n'ont plus d'ailleurs.

# Posté le samedi 15 juillet 2006 12:54

Modifié le vendredi 21 juillet 2006 18:04